DES INSECTES AUX REPTILES (SUITE)
5. Araignées et scorpions
5.1. Résistance à la chaleur
5.2. Les solifuges
6. Un peu de sang froid
6.1. La tactique du lézard
6.2. Les ténèbres et la lumière
9. Un mouvement latéral perpétuel
Les araignées hantent tous les déserts.
Leur nombre suit la taille des populations d'insectes dont ils se nourrissent. Peu d'entre
elles tissent des toiles pour attraper les insectes ailés. La plupart capturent leurs
proies au sol. En Australie et en Amérique du Nord, les tarentules et les mygales
maçonnes sont les plus communes. Mais elles ne sont pas très répandues au Sahara où
les lycoses et les ménémères sont les plus courantes.
La plupart de ces araignées, munies du corps
robuste typique d'un animal fouisseur, habitent un nid souterrain. Celles vivant à la
surface sont plus petites et plus légères.
Le scorpion est probablement la créature la
plus résistante du désert. Il peut vivre sous des températures plus élevées que les
insectes ou les araignées, et a le taux de perte d'eau le plus bas des animaux de ce
milieu. Malgré sa redoutable réputation, c'est un animal timide et solitaire. Ces
créatures vont des petits scorpions noirs de près de deux centimètres, aux grands
scorpions jaunes atteignant douze centimètres.
Le scorpion est totalement nocturne. Certaines
espèces passent la journée dans des trous atteignant un mètre de long et se déployant
à 75 centimètres sous la surface. D'autres s'enterrent sous des couches profondes de sol
meuble ou s'abritent sous les rochers ou dans la végétation. Le scorpion émerge à la
nuit tombée pour se nourrir. Il chasse en marchant lentement à la surface, détectant
ses proies grâce à de fins poils placés à l'avant de la tête. Lorsqu'il rencontre un
grand insecte, une araignée ou un autre scorpion, il saisit immédiatement sa proie dans
ses pinces et sa queue se dresse pour asséner le coup mortel. Certains venins de
scorpions comptent parmi les poisons les plus mortels et sont capables de tuer un homme en
quelques heures et un chien en quelques minutes.
L'animal le plus parfaitement adapté de tous les animaux du désert est probablement le solifuge. Il appartient à un groupe séparé et s'apparente à la fois aux araignées et aux scorpions. On l'appelle aussi parfois le scorpion du vent. Il ressemble à une grande araignée velue et mesure l 2 centimètres. Le solifuge ne vit que dans les parties les plus dénudées des déserts. Il évite les régions d'activités intenses comme les oasis, préférant les espaces ouverts et vides du désert. La plupart du temps, il reste caché dans un trou. Lorsque la faim le tenaille, il émerge à la nuit tombée, se transformant en féroce prédateur. Le solifuge localise une proie, tel qu'un scorpion, un lézard, une souris ou un petit oiseau, en se mouvant au hasard dans le désert. Sur ses longues pattes, il peut courir presque si vite que l'oeil humain ne peut le suivre. Tout animal comestible rencontré est aussitôt chassé, capturé et dévoré. Le solifuge continue de manger jusqu'à ce que son corps soit rempli de nourriture et qu'il ne puisse retourner dans son trou que péniblement. En réduisant au minimum le temps passé à la surface, il augmente grandement ses propres chances de survie.

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Androctomus amoreuxi creusant une galerie dans le
sable.
Les reptiles sont les vertébrés les plus
nombreux du désert, tant par le nombre d'espèces que par la taille de la population
globale. Ils ont de quelques centimètres à plus de 1,50 mètre de long et on les trouve
partout dans l'écosystème désertique. Ils sont presque tous carnivores, donc ils
chassent et mangent d'autres animaux. La plupart des petits lézards avalent des insectes
bien que certains mangent certaines espèces végétales, Les plus grands reptiles du
désert chassent surtout d'autres vertébrés: Lézards, petit mammifères et oiseaux.
Les reptiles ont le sang froid. Contrairement
aux mammifères et aux oiseaux, ils ne génèrent pas leur propre chaleur corporelle. Ils
sont bien plus dépendants de leur milieu: ils doivent obtenir du soleil la chaleur dont
ils ont besoin pour faire fonctionner leur corps.
L'importance des rayons solaires pour les
reptiles du désert est nettement illustrée par le phrynosome, une espèce de lézard
habitant le Grand Désert nord américain. Ce petit reptile présente une adaptation
inhabituelle qui lui offre un avantage au petit jour sur les autres reptiles avec qui il
concourt pour sa nourriture.
Lorsqu'il se réveille, juste avant l'aube, le
phrynosome est lent et flemmard. Il rampe hors de son terrier et se place pour recevoir
les premiers rayons solaires. Ceux-ci touchant l'animal, il se réchauffe, aidé par sa
peau sombre qui absorbe mieux la chaleur qu'une couleur claire. La température montant,
le reptile adopte peu à peu une couleur plus claire. Celle-ci reflète mieux la chaleur
qu'une couleur sombre et cela permet au phrynosome de rester au soleil plus longtemps.
Globalement, il n'y a pas d'avantages à avoir
une couleur sombre ou pâle dans le désert en ce qui concerne la chaleur; les avantages
de l'une ou l'autre couleur s'annulent. Mais en changeant de couleur alors que la journée
progresse, le phrynosome double son avantage.
Bien que les reptiles tirent un grand
avantage du soleil, ils sont à sa merci quand il s'agit de rester au frais. Leur méthode
consiste alors à éviter le soleil. La plupart d'entre eux le font en suivant l'ombre.
Cet aspect capital du comportement reptilien
consiste à alterner de courtes sorties à découvert et de longs repos à l'ombre d'un
rocher ou d'un végétal. La chaleur augmentant, la durée passée au soleil diminue et le
temps passé à l'ombre s'accroît, jusqu'à ce que l'animal regagne enfin son terrier. En
sautant ainsi de l'ombre au soleil, certains lézards peuvent garder une température
corporelle quasi constante pendant près de cinq heures passées à s'activer à la
surface.
Le plus grand des reptiles déserticoles est le varan du désert que l'on rencontre partout dans les déserts du Sahara, de l'Arabie, de lInde et d'Asie centrale. Un adulte peut atteindre 1.6 mètre de long et courir à une vitesse de 10 kilomètres/heure sur de courtes distances, un résultat considérable pour un aussi grand reptile. Il mène une existence solitaire et suit une routine journalière préétablie. Chaque matin, il s'élance à la recherche de nourriture. Cette marche journalière suit en général le même itinéraire, longeant des endroits où de petits mammifères, des oiseaux et des lézards peuvent probablement nicher. Dans ces zones où la nourriture est très rare, cette expédition journalière de ravitaillement peut correspondre à une marche atteignant 5 kilomètres. Lorsque le varan localise sa proie, tel qu'un rongeur endormi dans son terrier, il est assez fort pour creuser et la saisir avant qu'elle ne s'échappe. Si elle réussit malgré tout à s'échapper, le varan est bien équipé pour la pourchasser.
La chaleur n'est pas seulement un problème
pour la vie de l'animal. Dans certaines régions du milieu désertique, les problèmes
touchent les déplacements. Le sable mouvant des dunes est notamment hasardeux. Un simple
pas de travers peut jeter l'animal dans le danger Deux groupes de petits reptiles que l'on
rencontre dans le désert, les geckos et les scinques ont développé deux méthodes
différentes pour faire face à ce problème.
De nombreux geckos du désert ont des franges
de poils entourant leurs pattes et leurs doigts. Ces franges évitent aux pattes de
s'enfoncer dans le sable et leur permettent de courir avec une grande agilité à la
recherche de leurs proies, les insectes. Une espèce de gecko habitant le désert du
Namib, très aride, possède des pattes palmées bien qu'il ne marche jamais sur un sol
humide et qu'il nage encore moins. Les membranes reliant les doigts ont les mêmes
fonctions que les franges de poils de ses cousins. Elles lui permettent de s'aventurer
dans un environnement plutôt incertain.
Le scinque adopte une approche différente face
au sable sec. Ses pattes se sont raccourcies et son corps s'est arrondi. Une des espèces
a même totalement perdu ses pattes. Il voyage en "nageant" sur le sable, comme
un poisson. Bien qu'il chasse souvent des insectes à la surface, il peut se mouvoir sous
le sable et disparaître au premier signe de danger.

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Dun rapide coup de langue, le gecko du désert nettoie ses yeux sans paupières. De
jour le lézard, presque transparent, reste enfoui dans le sable ; la nuit, il court à la
surface. Ses pieds, en forme de raquette, lui permettent de courir et de disparaître
rapidement dans le sol pour échapper à des prédateurs.
9. Un mouvement latéral perpétuel
Le désert abrite aussi sa part de serpents
bien que, à l'instar des autres prédateurs, leur nombre soit assez faible. Certains
sortent la nuit pour chasser les lézards et les petits mammifères. D'autres restent
embusqués durant la journée, enterrés dans le sable. Seule leur tête en dépasse.
Toutefois, la plupart des serpents à sonnette sont aussi bien actifs le jour que la nuit.
Un des serpents les mieux adaptés au désert est le crotale cornu du Grand Désert
nord-américain. Il possède une méthode de mouvement inhabituelle, mais superbement
adaptée aux conditions d'un désert de sable.
La plupart des autres serpents s'étirent vers
l'avant en utilisant leur cage thoracique flexible comme une série de petites pattes. Sur
du sable mou, cette méthode est moins efficace que sur un sol bien tassé. Le crotale
cornu, au contraire, se lance sur le côté. Il accomplit une série d'ondulations dans la
direction qu'il veut suivre et tire à lui le reste du corps. Cette méthode lui permet
d'utiliser son corps comme un levier, ce qui offre un énorme avantage sur un sol mou.
C'est un chasseur nocturne très efficace et ses traces caractéristiques en forme de
"S" distendus se remarquent souvent aux premières lueurs du jour.